Chris Ciolli est une éditrice, traductrice et auteure installée à Barcelone. Quand elle n’est pas absorbée par les mots tant pour le travail que pour le plaisir, elle voyage, cuisine et peint. Découvrez ses récits de voyage sur Midwesternerabroad.com et ses œuvres d’art sur Triflesandquirks.com.
Avec son lot de produits frais, de fromages artisanaux et sa charcuterie, le tout réuni sous un toit ondulé et coloré, le marché de Santa Caterina est une alternative à celui de La Boqueria et présente l’avantage d’être bien moins fréquenté, même un samedi matin. C’est aussi un endroit idéal pour acheter les ingrédients nécessaires à un pique-nique au Parc de la Citadelle. J’adore faire le plein de fruits et de fromages au printemps à Santa Caterina et passer ensuite la journée à errer à travers le parc avec ses multiples pelouses propices à s’allonger, son incroyable fontaine, le zoo de Barcelone et son petit lac sur lequel on peut naviguer avec une chaloupe.
Mais aujourd’hui, je meurs d’envie de bruncher. Je me rends chez Picnic. Le choix entre les beignets de tomates vertes accompagnés de feta et les pancakes à la framboise et à la crème fraîche est toujours cornélien. C’est pourquoi cette fois, j’y vais avec mon mari en prétextant que nous pourrions partager ces plats. En vain car aucun des deux plats ne lui plait. Comme quoi, même les plans les mieux élaborés ne marchent pas toujours…
À proximité, le monastère de Sant Père de les Puelles attise ma curiosité. Je n’y suis jamais entrée alors qu’il s’agit pourtant d’un monument célèbre d’El Born avec son clocher octogonal et ses cloches. Pourtant, ce ne sera pas au programme d’aujourd’hui car il est 14h et je n’ai pas envie d’attendre jusqu’à son ouverture à 16h30.
A défaut, nous nous dirigeons vers l’ancien Monastère de Saint-Augustin qui abrite désormais le Musée du Chocolat de Barcelone. Après quelques minutes à zigzaguer entre une multitude de différentes reproductions en chocolat de bâtiments célèbres et d’œuvres d’art, je me tourne vers mon mari pour lui dire : « Le problème avec les sculptures en chocolat, c’est que je meurs d’envie de les détruire avec mes dents ». Il lève les yeux au ciel et m’entraîne vers la boutique souvenir où il m’achète une petite barre de chocolat pour me rassasier - après tout, je n’ai pas ingurgité de sucre depuis les pancakes de mon brunch matinal. Mais comment un accro au chocolat fait-il pour s’en sortir ?
À quelques minutes du musée se trouve Impossible, un projet qui rend hommage à toutes les choses instantanées et notamment les polaroïds. En y réfléchissant, je ne sais pas s’il ne serait pas mieux d’imprimer de façon professionnelle les photos de mon smartphone de temps en temps. Les appareils sont à un prix raisonnable, mais la pellicule n’est pas donnée. Ceci dit, je reviendrais peut-être avant mes prochaines vacances, les albums de voyage remplis de polaroïds ont l’air d’être fun.
Quelques rues plus loin, la boutique de Kaveh Abadani nous attire à l’entrée avec ses effets de lumières et ses lampes - nous sommes en ce moment à la recherche de lampes de chevet. Le magasin est fabuleux et empli de couleurs et de lumières. Nous parlons à Kaveh en personne de notre recherche et il nous conseille des articles à commander. Il fabrique aussi des petits éléments de décoration hors-série que je suis tentée d’acheter comme cadeaux. Hubby et moi devons encore nous décider sur les couleurs et sur une fourchette de prix. Nous reviendrons une prochaine fois.
À Magatzem Escola, nous parcourons les différents vins locaux et régionaux jusqu’à ce que la caissière nous invite tout sourire à revenir pour la dégustation du samedi à 19h. « Nous ferons de notre mieux » lui dis-je, alors que je glisse notre bouteille de vin blanc sec dans mon sac à dos.
« Ne vous inquiétez pas, me répond-t-elle, nous organisons ceci tous les samedis, sauf durant les vacances. Vous pouvez donc venir quand vous voulez ».
Je lui souris et la remercie. Nous décidons de prendre un verre sur le moment et de commander un vermouth avec glace au Bormuth, sur le chemin de Mercat del Born. Je zieute les croquetas et patatas bravas du menu, mais je suis résolue à garder de la place pour des pâtes au Cucine Mandarosso ou un burger-frites chez Kiosko.
Nous pénétrons dans le centre culturel moderne et aéré de Mercat del Born et nous nous adossons contre une rambarde pour regarder les ruines des demeures médiévales et les magasins découverts pendant la période de restauration. Moyennant finance, vous pouvez pousser la grille à l’occasion pour un tour organisé mais je suis personnellement plus intéressée par les œuvres d’art du vingtième siècle à la Galeria Maeght (c/Montcada 25). Nous laissons donc les fondations médiévales de Barcelone derrière nous.
Après avoir passé tant de temps à admirer l’art que j’aime, mais que je ne pourrai pourtant jamais m’offrir, mon estomac me rappelle que je n’ai rien mangé d’autre qu’une barre de chocolat depuis mon brunch. À ce moment précis, le classique débat sur le choix du restaurant n’a pas lieu d’être : certes nous adorons l’élégante cuisine italienne de Cucine Mandarosso mais Kiosko est quand même bien plus proche et tout aussi délicieux. Je commande un Asturiana (je suis une fan absolue des fromages comme le bleu) et mon mari commande un Bacoa (un burger au bacon, une valeur sûre pour tout carnivore qui se respecte). Nous commandons aussi des « rusticas » à partager (ce sont des fines frites faites maison). Quand mon burger arrive, recouvert de Cabrales et d’oignons sautés, je ne peux me retenir de sourire : l’une de mes œuvres préférées arrive dans mon assiette.
Au petit matin, en semaine, El Born regorge de vie. Je déserte le boulot pour explorer son labyrinthe de ruelles et recharger mes batteries loin du bureau. Après avoir à peine réussi à résister à la tentation de rentrer dans l’une des nombreuses boutiques de Career Princesa et du Passage del Born, je m’installe au café Al Sur pour y commander un café crème avec une part de gâteau à la carotte recouvert d’un glaçage au fromage à la crème. Je choisis une place proche de la fenêtre pour débuter une matinée plongée dans mes pensées à regarder les passants.